STAR OCEAN Till the End of Time

Plate-forme PlayStation 2 (PAL)
Genre RPG
Editeur Ubisoft
Développeur Tri-Ace
Date de sortie 27 février 2003 (JP)
Texte 13142 caractères
Captures 15

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Star Ocean est une série née tardivement sur SNES qui s’est rapidement imposée comme un concurrent de choix à la suprématie de Squaresoft dans le domaine. Cette série compte désormais quatre épisodes et Star Ocean Till the end of Time est le premier volet réalisé en 3D. Longtemps attendu dans la langue de Shakespeare puis dans une version française, grâce à Ubisoft, Star Ocean Till the end of Time est un peu le RPG superstar de la PlayStation 2, aux côtés de Final Fantasy X. Il faut dire que Tri-Ace connaît bien son sujet : l’ancienne équipe Wolf Team (Sol Feace, Ernest Evans ou Arcus Odyssey durant la période 16 bits) a enchaîné les succès en restant dans le domaine du RPG.

L’avènement de Tri-Ace remonte à la période de la PlayStation première du nom avec le second volet de Star Ocean, très réussi malgré une réalisation vieillissante, et surtout le mirifique Valkyrie Profile qui demeure à ce jour la plus belle réalisation de la firme. Star Ocean Till the end of Time était naturellement attendu au tournant d’autant que les cinématiques et les premières vidéos annonçaient clairement une super production. Il est temps de voir si ce nouveau Star Ocean tient ses promesses.

Star Ocean The Third Story
Star Ocean est avant tout un immense melting pot puisant son inspiration aussi bien dans l’heroic fantasy que dans la science fiction. Les récits de conflits spatiaux à l’échelle planétaire sont mêlés à d’éléments plus traditionnels sur les planètes moins développées. Ce troisième volet, qui n’a aucun rapport avec les précédents (contrairement à Star Ocean Second Story et Star Ocean Blue Sphere) n’échappe pas à la règle et part littéralement dans tous les sens, empruntant énormément à Star Trek ou Star Wars.

Les débuts de l’aventure sont assez calamiteux il faut bien l’avouer. L’aventure commence très lentement et les premières minutes ne sont pas spécialement les plus intéressantes. On y découvre quelques uns des personnages principaux un peu avant que les événements ne se mettent réellement en place. A ce moment, le tout est de faire l’effort de rentrer dans l’ambiance et de prendre son mal en patience. L’univers est évidemment très axé science fiction avec une fédération galactique et de très nombreuses planètes. Rapidement, Star Ocean annonce la couleur : c’est une épopée dramatique qui débute. Des morts, une fuite en catastrophe et un danger permanent, Star Ocean ne ménage pas le joueur et lui donne un avant goût de l’enfer. Le côté dramatique des situations est une constante dans l’aventure et seuls les lieux enchanteurs offrent une bouffée d’air au joueur. L’histoire de ce Star Ocean est vraiment apocalyptique et les choses mettent vraiment du temps à se mettre en place, jusqu’à la découverte des origines du héros en réalité. Par la suite, des retournements scénaristiques franchement étonnants viendront frapper le joueur crédule.

Si le scénario n’est pas exceptionnel (il est même plutôt décevant en réalité), il a le mérite d’être franchement original à partir d’un certain point. Mais le côté dramatique reste ce qu’il y a de plus présent et nombreux sont les instants où l’équipe va se retrouver au bord du gouffre. Un bon point donc, car les situations, plus que le scénario d’ailleurs, vont vraiment tenir en haleine le joueur.

Star Ocean 3 est tout en 3D et contrairement à un Final Fantasy X, la caméra est totalement libre, ce qui change absolument tout au niveau de la perception et de l’immersion. Le joueur a moins l’impression d’être dans un couloir et vogue dans un univers plus ouvert, où il lui faut trouver son chemin. Les lieux sont vraiment variés, la plupart sont dépaysants, grâce aux superbes musiques de Motoi Sakuraba qui signe des compositions d’une qualité exceptionnelle. Mine de rien, la musique joue un rôle central et une fois de plus, des scènes classiques prennent une tout autre envergure quand elles sont appuyées par des mélodies épiques, dramatiques et puissantes. La bande originale de Star Ocean 3 rejoint de ce que l’on le peut entendre de plus beau dans un jeu vidéo, la réussite est indéniable à ce niveau.

L’aventure est plutôt bien rythmée, les décors sont beaux et vastes et une impression de liberté se dégage dans la progression. Il est en effet possible d’accéder à des lieux bien avant d’y être contraint par le scénario. Une ouverture toute bête mais qui confère un énorme plus à ce titre en ces temps où la linéarité est souvent écrasante, où le libre arbitre n’existe pas. Ici, rien ne vous empêche de vous aventurer un peu plus loin que nécessaire et découvrir en avance ce que vous réserve la suite. Bien entendu, le scénario n’avance pas mais le joueur peut récolter de meilleurs équipements et s’entraîner. Il est toujours plus agréable de découvrir soi-même les lieux sans qu’on vienne systématiquement nous dire « va du point A au point B et tais-toi ».

D’une bonne consistance, l’aventure de Star Ocean 3 est bien dense comme il faut, même si l’on peut avoir certaines déceptions concernant le nombre de lieux à explorer, plus réduit qu’on aurait pu le croire. Si les débuts et certains passages manquent de rythme, la tonalité dramatique du récit est un moteur puissant qui invite à aller de l’avant, à poursuivre cette épopée. En résumé, Star Ocean 3 rempli son contrat de ce point de vue et seuls les irréductibles du second volet pourront être un peu deçu néanmoins. Car étrangement, Star Ocean 3 ne réussit pas à surpasser son prédécesseur sur tous les points et même si le scénario du second opus était vraiment un prétexte, la densité de l’aventure et des secrets étaient au meilleur niveau. On regrette parfois les fameux « Ten Wise Men », le charisme de certains personnages du volet précédent, au design nettement plus attachant ou un certain donjon secret vraiment délicat. Quelques petites déceptions qui varient selon les affinités avec le volet précédent. Que les fans se rassurent tout de même, il y a bien un donjon caché et certaines entités récurrentes des jeux Tri-Ace sont bien présentes.

The World is Triangle
L’une des particularités de la série Star Ocean est d’offrir un système de combat en temps réel (comme les Tales de Namco) où l’on dirige surtout le héros, avec des alliés paramétrables dans les menus que l’on peut contrôler à tout moment. Cette fois le nombre d’alliés est passé à trois, un de moins par rapport au jeu précédent. Le système de combat est le nerf de la guerre dans de nombreux RPG et il est normal qu’il fasse l’objet d’un soin tout particulier. La tendance de ces dernières années est le combat en temps réel de plus en plus inspiré des jeux de combat. Soyons franc, le système de combat de Star Ocean 3 est l’un de ses plus grands atouts.

Les combats sont hyper dynamiques et bien plus complexes que dans le passé. Tri-Ace a ressorti le langage des passionnés de jeux de combat et les possibilités sont vraiment nombreuses : des combos, des contres, des enchaînements aériens, des casses gardes et autres réjouissances sont de la fête. Le système a bien évolué et se révèle étonnement subtil, même si dans le feu de l’action, c’est la part belle au bourrinage. Si l’IA des alliés est complètement nulle, un bon paramétrage permettra de leur faire effectuer les actions que l’on veut. Star Ocean n’a jamais été réputé pour sa finesse sur le champ de bataille et le paramétrage se fait surtout en amont car une fois le combat débuté, ça tape sec.

Les combats sont largement renforcés par les effets spéciaux dantesques et le rythme des musiques des combats. C’est impressionnant, ça explose dans tous les sens et l’on se demande parfois où l’on est. Mais il est terriblement jouissif d’enchaîner ses adversaires avec les enchaînements les plus fous, de voir ses personnages foutre une branlée aux ennemis en déchaînant toute leur puissance. Les combats sont funs et comme ils sont nombreux, le joueur est servi sur un plateau d’argent à ce niveau. Enfin nombreux, le jeu évite le Random Encounter des Final Fantasy, un confort apprécié de beaucoup. De nombreux ennemis peuvent être éviter, même si dans les faits, il vaut mieux passer son temps à booster ses personnages. La stratégie est la même que d’habitude, trouver le bon endroit où grappiller les points d’expérience pendant quelques heures, histoire de s’assurer une progression aisée par la suite.

Au niveau des commandes, les diverses actions s’effectuent très simplement, en assignant les coups spéciaux aux boutons L et R tandis que le menu autorise les actions plus communes, comme l’utilisation des items. Il n’y a rien à redire sur ce point, Star Ocean 3 est vraiment bien foutu, très complet et amusant. Parmi les subtilités, une jauge apparaît pour noter les accumulations des victoires en offrant parfois des bonus très intéressant comme la possibilité de doubler ou tripler les points d’expérience acquis. Une petite nouveauté très intéressante car elle permet de faire grimper ses personnages en expérience avec efficacité.

Grandiose, un poil décevant
En toute honnêteté, si Star Ocean 3 n’est pas parfait (j’y reviendrai), il est tout de même d’un excellent niveau, tous les aspects du titre sont solidement étudiés et les concepteurs ont fait des efforts pour changer de la monotonie habituellement du genre. Les musiques sont vraiment sublimes, les lieux dégagent des ambiances fortes qui les rendent unique et l’univers est vraiment attachant. Que l’on soit deçu ou non par le scénario, il faut reconnaître que les décors sont vraiment très soignés esthétiquement. Cela contraste d’ailleurs avec les personnages à la modélisation un peu faible, surtout les visages, qui sont peu expressifs. On sent bien que Star Ocean 3 accuse un peu le poids de son âge relatif et que le budget alloué à la partie graphique n’a rien de comparable avec les efforts de Squaresoft dans le domaine. Mais à l’inverse des Final Fantasy, Star Ocean conserve son charme unique, un jeu fait par des artisans du RPG qui connaissent bien leur domaine et qui contrebalancent les budgets démesurés des concurrents par un savoir faire minutieux.

Outre de grands donjons (parfois vraiment trop grands, ceci dit), Star Ocean 3 mise sur une énorme richesse au niveau des items et des possibilités. En recrutant certains personnages, il est possible de créer ses propres équipements (il faut y mettre le prix). Cela permet d’obtenir des armes assez avancées par rapport à votre état actuel dans le jeu. Parmi les petites réjouissances, les donjons sont souvent bien pensés, assez costauds parfois, quelques changements d’angle de caméra viennent donner de la profondeur à certaines séquences (dommage qu’ils soient peu nombreux) et les décors recèlent un nombre impressionnant de trésors cachés. L’exploration est souvent récompensée et c’est tant mieux.

Au niveau des défauts, bien des choses dépendent de votre connaissance du volet précédent. Le leveling intensif exigé par ce dernier offrait une durée de vie vraiment énorme et de nombreux annexes qui ne se retrouvent pas en même quantité dans cet épisode. Si Star Ocean 3 impressionne sur de nombreux points, il est bien loin d’être parfait. Mais qu’importe l’aventure est tout de même de qualité. Le problème est que Star Ocean 3 n’est vraiment pas passé loin de la réussite totale, ce qui est un peu frustrant. Star Ocean déçoit sur plusieurs points. Tout d’abord, les débuts sont vraiment lents et manquent vraiment de rythme. Les événements prennent leur temps pour se déclencher et le scénario ne démarre réellement que tardivement. Heureusement, dès l’arrivée sur la planète principale, on retrouve ce qui fait le charme de Star Ocean, le mélange entre médiéval et futuriste. On retrouve les bons vieux combats à l’épée.

Conclusion
Star Ocean Till the end of Time est l’un des meilleurs RPG disponible sur PlayStation 2 c’est un fait. C’est l’antithèse exacte d’un Final Fantasy X 2 et ça fait franchement du bien de retrouver enfin une aventure bien dramatique comme il faut. D’autre part, il a le mérite d’avoir été localisé en France, ce qui permet enfin de profiter d’un RPG de grande qualité car les Wild Arms 3, Legaia 2 ou même Breath of Fire 5 n’étaient pas les plus grandes réussites dans le domaine. On apprécie particulièrement Star Ocean 3 après être passé par la case Final Fantasy X 2. Dans l’absolu, il s’agit d’un très bon RPG qui aurait pu être encore meilleur. Une mention spéciale pour les musiques qui sont vraiment exceptionnelles. Quelques petits défauts restent en travers de la gorge et empêche ce nouveau volet de se hisser parmi les plus grands RPG.

Plutôt complexe au niveau des systèmes et très riche, ce Star Ocean s’adresse surtout aux vétérans qui s’investissent suffisamment pour tirer parti de la moindre subtilité. Néanmoins l’accessibilité des combats et la clarté de l’interface permettent de rentrer en douceur dans ce titre, qui est une véritable mine de trésors pour les plus patients. Le studio Tri-Ace signe encore un jeu de qualité, un très bon RPG du niveau des meilleurs mais qui aurait pu encore gagner en puissance en évitant quelques écueils. Il ne reste plus qu’à attendre leur prochaine production, Radiata Stories, avec une certaine impatience.

Yan Fanel, février 2005

Les points forts
Les points faibles
- La 3D libre et le soin apporté aux environnements
- Trop de dialogues sans intérêt (syndrôme Golden Sun)
- Les musiques, d'une qualité exceptionnelle (merci Motoi Sakuraba)
- Des affrontements parfois un peu confus
- Les combats sont d'un dynamisme hors norme
- Le scénario surprenant mais pas forcément excitant
- Les changements d'ambiance et la densité de l'aventure  
- Une grande richesse à tous les niveaux